Goustrainville (14), opération du site « Le Plain Gruchet » : étude anthracologique

Ce document présente les résultats d’analyses de restes charbonneux retrouvés dans les comblements de dix structures archéologiques du site « Le Plain Gruchet » à Goustranville (14). Neuf de ces structures sont en lien avec différentes phases du système technique de la crémation pratiqué durant le 1er siècle ap. J.-C dans les environs de Caen. Ces structures sont en effet interprétées comme les vestiges de fosses-bûchers, fosses de rejets de bûcher, fosses avec vase-ossuaire… Une structure serait en revanche davantage associée à des activités de métallurgie. (Fig. 2).

Le site a été fouillé par le service archéologique du département du Calvados sous la direction de Monsieur Grégory Schutz. Une étude anthropologique a été réalisée par Madame Mélanie Gadacz. L’étude a été commandée par le service archéologique du département avec l’accord de son directeur Monsieur Vincent Hincker.

Un peu plus de 650 fragments ont été observés pour les dix structures. Seulement cinq taxons anthracologiques ont été identifiés dans cette étude. Le taxon dominant correspond au chêne suivi du hêtre détecté dans trois des dix structures. L’orme et la famille des Prunoïdées ont été observés uniquement dans une structure.

La faible diversité observée est vraisemblablement davantage liée aux fonctions funéraires ou artisanales des structures étudiées plutôt qu’à une réalité paléo-paysagère. Les mesures de largeurs de cerne réalisées sur les fragments de chêne de gros et moyen calibre ont permis de calculer des moyennes de largeurs de cerne pour onze prélèvements. Nous constatons des valeurs moyennes assez homogènes, centrées entre 1 et 2 mm. Ces valeurs correspondent à des croissances difficiles, en liaison avec des contextes abiotiques (ex. sols pauvres, météorologie,…) et/ou biotiques contraignants (compétition vis à vis des ressources, ex. chênaie dense).

Dans la plupart des structures, le combustible utilisé a visiblement fait l’objet de ramassages sélectifs tant au niveau des essences que de la qualité du bois.

Pour six des neuf ensembles charbonneux interprétés comme des rejets de bûchers un seul taxon a été identifié : le chêne. Le hêtre, réputé comme étant aussi un excellent combustible, a été observé dans trois ensembles.

Ce sont essentiellement des fragments provenant de bois de petit et moyen calibre (branches) qui ont été observés.

L’étude des quatre lots prélevés en stratigraphique pour la structure [22]_78 a permis d’identifier un gradient du calibre des bois utilisés à l’intérieur du comblement. Des fragments provenant de bois de petit calibre ont été observés en quantité dans les couches profondes alors que les charbons provenaient plutôt de bois de calibre intermédiaire dans les niveaux supérieurs. Ce constat suggère un dépôt de brindilles et de petites branches destinées probablement à la phase d’allumage dans le fond de la fosse suivi d’un ajout de branches de calibre intermédiaire afin d’alimenter et entretenir la combustion. L’utilisation quasiment exclusive de bois de moyen et petit calibre a probablement aussi été favorisée pour des raisons de « facilité » de collecte.

Des fragments d’aspect « luisant » ou « fendu-luisant » ont presque systématiquement été détectés à l’intérieur des lots provenant des restes de bûchers (à l’exception de la structure [17]_94). Le phénomène à l’origine de l’aspect « luisant » n’est pas encore parfaitement compris. Il semble néanmoins que des contextes de combustion anaérobies et de hautes températures soient favorables au processus de « vitrification » (exemple : bas-fourneaux, fours, pratiques de charbonnage selon Blaizot et al., 2004 ; Oilic, 2011). Il est donc vraisemblable que les bûchers, et plus particulièrement « le cœur » de ces bûchers, aient aussi constitué des contextes de combustion propices à la formation de ces aspects.